En milieu psychiatrique

Des lieux improbables pour des expériences artistiques singulières.


En 2021/2022, Le Plateau des Sources Rouges a été en résidence d’artiste au CHFRT de Saint-Alban sur Limagnoles, avec le soutien de la DRAC et de l’ARS Occitanie. Cet hôpital psychiatrique est un lieu singulier dont la dynamique de psychothérapie institutionnelle créée par François Tosquelles a quelque peu changé avec le temps… Mais les résidences d’artistes demeurent !

Chantal Pétillot, Sergie Niemetz, Claire Laurent et Roxane Rizvi y ont créé : Apparition/Disparition, un spectacle immersif, avec les patients adultes du CHFT, et également ceux de géronto-psychiatrie, et quelques adolescents accueillis au centre de Saint-Chély. Apparition/Disparition, avec le soutien de l’Office du Tourisme Margeride en Gévaudan, a été présenté du 16 juin au 3 septembre, tous les jours au château de Saint Alban sur Limagnoles.

Retour en images du spectacle « Apparition/Disparition » en cliquant ici.

En 2023, Le Plateau des Sources Rouges est en résidence à l’EATU Maison des Sources de Marvejols, avec le soutien de la DRAC et de l’ARS Occitanie, ainsi que de l’association Clos du nid. Elle y crée un spectacle immersif : UTOPIE 24, Le Bureau oublié. Dans l’enceinte même de La Maison des Sources, UTOPIE, Le Bureau oublié est présenté tous les jours d’octobre 2023 à juin 2024. Chantal Pétillot, Elsa Goulley et Roxane Rizvi travaillent alors en immersion avec tous les résidents. Trois jeunes – Galaad Levaill, Nicolas Morel et Clément Pétillot, réalisent un film (moyen métrage. Durée 1h) sur le processus même de création, qui est projeté lors de la journée nationale des aidants en octobre 2023. Le film est disponible sur demande.


AU BORD DU MONDE

En projet pour octobre 2025 – Théâtre/Photographie

Projet de résidence d’artiste à l’EATU Maison des Sources de Marvejols

La lecture de « Récit d’Ellis Island » de l’écrivain B. Perec et du photographe R. Bobber ont inspiré en grande partie ce projet. Il s’agit de dialogues et de photographies à partir des témoignages de migrants européens au début du vingtième siècle vers le « rêve américain ». Fuyant les guerres, les pogroms, la misère, ces migrants ressemblent à ceux d’aujourd’hui : les mêmes espoirs, les mêmes illusions et désillusions.

Mais, pour nous, ici et maintenant, AU BORD DU MONDE c’est aussi cette marge où restent bon nombre de personnes en exil d’un pays, d’une famille, d’un « clan », autant que de nombre de personnes en situation de handicap physique, mental, social… Comment vit-on dans cette marge où restent les « déclassés » de notre société ?

Face à ce qui peut se dire, parce que les mots manquent, nous avons choisi de créer un spectacle sans parole, avec des personnes en situation de handicap accueillies à l’EATU Maison des Sources de Marvejols.

A la Maison des Sources

Les acteurs de cette future création sont des personnes en situation de handicap, accueillies à l’EATU Maison des Sources de Marvejols, sauf cinq d’entre elles : trois accompagnantes de l’EATU passionnées de théâtre, deux comédiennes professionnelles, Chantal Pétillot et Elsa Goullet – cette dernière également photographe – et l’autrice et metteure en scène Roxane Rizvi, qui ont créé en 23/24 « Utopie 24, Le Bureau oublié » en résidence à l’EATU, avec le soutien DRAC/ARS/Clos du Nid. C’est d’ailleurs à la suite de cette aventure hors norme, qu’elles ont décidé de travailler à nouveau ensemble, mais cette fois, d’oser la scène avec les personnes accueillies.

Les répétitions auront lieu dans les locaux de La Maison des Sources, et, pour certaines, ouvertes à tous les résidents. C’est tout l’EATU qui, d’une certaine façon, pendant dix à quinze jours, accompagne l’atelier artistique. Afin que les acteurs s’approprie l’espace de jeu réel, trois jours avant la représentation publique, des répétitions auront lieu l’après-midi à la salle polyvalente de Marvejols où l’équipe professionnelle aura aménagé l’espace scénique. La veille de la représentation publique, une journée entière de répétition en lumière aura lieu sur le lieu de représentation avec régie lumière et son (Salle polyvalente de Marvejols ou Espace des Anges à Mende), avec, bien sûr, des temps de repos pour les acteurs en situation de handicap.

La création donnera lieu à une exposition, dans le hall du théâtre, des photographies des répétitions, réalisées par Elsa Goullet ; elles retraceront le parcours depuis le début de l’aventure. Cette exposition sera évidemment présentée également ensuite à l’EATU.

Une rencontre avec acteurs/spectateurs peut, bien sûr, être envisagée à l’issue de la représentation.

Les photos de l’exposition réalisées par Elsa Goulley durant la résidence de création à La Maison des Sources (Septembre-Octobre 2025)

UTOPIE 24

Projet 2023

UTOPIE 24 est un bureau oublié au fond d’un couloir. On dirait une impasse. Ce n’est pas le cas, mais pour le savoir, il faut aller jusqu’au bout et peu s’y aventurent car la plupart ignorent son existence ; ensuite parce que ceux qui s’en souviennent craignent de ne pouvoir y accéder à cause du vigile qui se tient à l’entrée du couloir ; enfin, parce que nombreux sont ceux qui, connaissant l’existence du bureau oublié, ne voient pas l’intérêt d’en ouvrir la porte. Du gardien cependant, il n’y a rien à redouter : bonhomme oublié là, lui aussi, et qui ignore ce qu’il pourrait bien garder, à part le souvenir d’une vie bouillonnante entre les portes de ce couloir, l’incessant va-et-vient d’employés chargés de dossiers, très affairés à les étudier, à croiser leurs observations et à produire de nouveaux dossiers. Que sont devenus ces dossiers et pourquoi le couloir est-il désormais désert et silencieux ? Telles sont les questions qui taraudent quelques personnes résidant à « La Carline », tel qu’a été renommé ce bâtiment après transformation, et les poussent à ouvrir la porte du bureau Utopie 24 à l’aide d’une épingle à cheveux que l’une des résidentes tire de son incroyable chignon.

A partir de ce début de scénario, nous construirons « le bureau » Utopie 24, au fond du couloir du sous-sol du bâtiment de l’EATU. C’est un espace qui ouvre vers l’extérieur, ce qui permettra aux visiteurs futurs de voir la création sans passer par le bâtiment.

Durant les dix jours de résidence, les ateliers seront l’occasion d’alterner entre l’élaboration de l’histoire et la fabrication du décor et de ses objets. Le spectateur à venir sera donc immergé dans le décor au sein duquel il entendra l’histoire et les dialogues qui auront été enregistrés avec les résidents de la Maison des Sources.

Que peut-il cacher ce « bureau 24 » ? Des dossiers d’élaboration d’Utopies… Certaines ont peut-être finalement été réalisées? D’autres impossibles… D’autres enfin, en attente… Dans tous les cas, il s’agit d’élargir notre regard pour que le fait de faire face au réel ne réduise pas le possible, mais, au contraire, puisse mettre en valeur les capacités à penser et à œuvrer ensemble.


Apparition, disparition

Projet 2021-2022

Une résidence d’une semaine est organisée au centre hospitalier François Tosquelles de Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère, du 28 juin au 3 juillet 2021. Roxane Rizvi et Chantal Pétillot encadrent ce travail de création et sont accompagnées du photographe Serge Niémetz. La résidence se clôture par la représentation de la pièce Nous Autres.

Qu’est-ce qui apparaît, qu’est-ce qui disparaît dans mon tiroir (réel ou imaginaire) ?

Cette résidence est un parcours libre dans la mémoire précise, ou incertaine, réelle ou imaginaire, des patients et des soignants de Saint-Alban, à partir de ce qu’on peut choisir de mettre dans un tiroir personnel, ou qu’on y a oublié et qu’on y retrouve. Les ateliers quotidiens consistent à créer des histoires ensemble à partir de leurs choix. Ce sont ces histoires qui sont vues et entendues dans les tiroirs présentés au public, sous forme d’une installation-exposition. Dans ce parcours, les « comédiens » ont disparu, ne restent que des voix (bandes sonores), des fragments d’images (photographies) et des objets « qui ont une âme ».


Je crois que ce que nous appelons « notre vie » se tient souvent entre mémoire, désir de se souvenir, et de garder un souvenir, et imaginaire, oubli et reconstruction de la mémoire, entre secret, peur et pudeur.
Il y a, dans ce que nous appelons « notre vie » tous ces « trois fois rien » de nos tiroirs intimes. C’est cela que j’ai envie de mettre en scène ici, à Saint-Alban, tout d’abord avec les résidents en gérontopsychiatrie et pour eux, puis, peut-être, en élargissant cette aventure créative à tous les résidents de Saint-Alban, et – pourquoi pas ? – aux soignants eux-mêmes…
Le mettre en scène avec une comédienne qui a déjà mené une résidence d’artiste en psychiatrie institutionnelle, et pour laquelle l’écoute de l’autre fait partie de l’art. Le mettre en scène avec un « témoin » photographe, dont la pertinence du regard me rappelle si souvent que j’aurais pu passer à côté de quelque chose sans le voir, et que ç’aurait été dommage…
À travers ces bribes de mémoire et avec ces petites choses qui ont pourtant de l’importance pour quelqu’un, là, dans un tiroir, ou qui parfois avaient été oubliées, mais conservées pourtant, il est question de se raconter, bien sûr, mais aussi de se rencontrer autrement, de rencontrer l’autre qu’on croyait connaître, et l’autre en nous aussi. Le tiroir est donc « le fil rouge » de cette aventure.
Dans la première installation que nous ferons à l’issue de la semaine de création passée sur les lieux avec les résidents, il devrait y avoir aussi beaucoup d’autres tiroirs, fermés, peut-être certains avec des noms, d’autres anonymes. Le spectateur visiteur se racontera les histoires qu’il veut, touché par certaines histoires, indifférent à d’autres, libre.
En cette période si particulière de « distanciation sociale » obligée, où même le port du masque renforce l’anonymat et diminue la relation, nous avons envie de créer un univers sensoriel (son, images, toucher, odeur), un univers sensible et vivant. La création finale est « une installation de la mémoire », la nôtre, et la leur. Mémoires personnelles, mais aussi mémoire de ce que nous vivons ensemble dans ce travail de recherche et de création.
Cette « installation de la mémoire » se présente plus comme les coulisses du théâtre, là où il n’y a pas d’acteur actif… là où pourtant tout se prépare ! Il n’y aura donc pas à proprement parler de « représentation théâtrale », mais plutôt une installation conçue de telle sorte que, finalement, le spectacle vivant, plus que jamais, ait lieu par le regard des spectateurs eux-mêmes.



« APPARITION / DISPARITION »

SPECTACLE IMMERSIF

Office du Tourisme Margeride en Gévaudan
Château de Saint-Alban sur Limagnole
Du 01 juillet au 3 septembre 2022

Du lundi au samedi de 09:00 à 12:00 et de 13:00 à 18:00
Dimanche de 09:00 à 12:00

La grande salle du château de Saint-Alban-sur-Limagnole accueille cet été le spectacle
immersif « Apparition / Disparition », fruit de la résidence artistique de Roxane Rizvi et
Chantal Pétillot qui a eu lieu du 28 juin au 3 juillet 2021, puis du 14 au 26 février et du 13 au 18 juin 2022, au sein du centre hospitalier François Tosquelles, avec le soutien de la DRAC Occitanie, de l’ARS, de La Mécano, et de l’Office du Tourisme Margeride en Gévaudan.

Cette résidence a laissé la place à un parcours initiatique de 31 minutes « Apparition /
Disparition », avec bandes sonores, textes, photographies, et objets issus des ateliers avec les résidents.

Les personnages qu’ils ont créés font entendre leurs voix en s’adressant à un passeur en route pour Xian, peintre d’Extrême-Orient et Théodore, musicien du grand Nord. Qu’ont-ils à nous transmettre à nous, passeurs ?
Qu’est-ce qui apparaît, qu’est-ce qui disparaît dans mon tiroir (réel ou imaginaire) ?

Mais chut… c’est à vous maintenant ! Avancez-vous et laissez-vous guider par les sons et les lumières…

Spectacle immersif d’une durée de 31 minutes réalisé par Le Plateau des Sources Rouges et les résidents du centre hospitalier François Tosquelles. Séance toutes les 40 min de 9h à 11h15 et de 13h30 à 17h15.


Les Fourberies de Scapin

Projet 1992-1993

D’abord, il y a eu la résidence artistique d’un an à la clinique psychiatrique institutionnelle de La Chesnaie (Loir et Cher), en 1992-1993, en partenariat avec la DRAC Centre.

Le Plateau des Sources Rouges n’existait pas encore, mais Chantal Pétillot et Roxane Rizvi, ses artistes fondatrices, étaient bien là. Cette expérience a changé leurs vies. Leurs vies personnelles. Leurs vies de théâtre. Elles avaient quelques certitudes, souvent inaperçues. Elles ont volé en éclat.

Théâtoriale, c’est un mot dont nous aimons nous souvenir. Théâtre, territoire… mot énigmatique, aussi énigmatique que peut être un mot lorsqu’il est une expérience, et que dans l’expérience, on s’éloigne souvent des concepts, et l’on s’approche parfois de l’indicible.


L’expérience de théâtre, dès l’écriture jusqu’à la représentation publique, et tout au long de la mise en jeu, est une aventure curieuse : plus on s’exerce à exprimer le monde, plus il déborde au-delà de notre pouvoir d’expression et déploie des configurations mouvantes de situations et de personnages qui motivent sans cesse à nouveau notre désir d’expression. En cela, c’est un art de rencontre, avec l’autre et avec soi-même. La rencontre y est toujours remise en question et à l’œuvre.

L’œuvre apparaît comme cette surface qui rassemble et élargit les territoires de l’intime et de l’étranger, et ainsi singulière chaque fois, elle demande chaque fois une rencontre singulière. On ne revisite pas une œuvre, on y séjourne selon ce qui, en elle, crée une possibilité d’expression pour nous, et selon ce qui, en nous, crée une nouvelle possibilité d’écoute du monde.

Peau, art de la limite, l’art dramatique est œuvre de chair, hors de quoi le verbe serait lettre morte. Ainsi exerce-t-il notre intelligence là où l’on pressent que l’apparence n’est pas le contraire péjoratif d’une « profondeur », ni la forme du fond : dans l’apparition du personnage – cette entité faite de coïncidences, d’échos et de réseaux entre « extérieur » et « intérieur ». C’est à partir de cette fiction dynamique que nous travaillons, ici comme ailleurs.

A la Chesnaie, à partir de l’œuvre de Molière Les Fourberies de Scapin, l’aventure des rencontres nous a conduit à nous interroger à nouveau sur les rapports de l’imaginaire à la représentation.


Notre objectif de départ n’est pas, et ne peut pas être thérapeutique, ni d’animation socio-culturelle. Nous n’en avons pas les capacités. Ce ne peut être qu’un objectif de création.

Roxane Rizvi